28 août 2006
La France, de la guerre à la paix.
Reçu de Jean-Pierre Repiquet (La Ciotat)
L'armée
libanaise se déploie progressivement avec pour objectif son
interposition le long de la frontière israélienne. Cette jeune armée,
dont le courage ne peut compenser l'inexpérience et le manque
d'équipement, n'avait, jusque là, jamais pénétré au sud Liban. La FINUL
"renforcée", qui est censée l'appuyer, n'est toujours pas constituée.
Les "25" sont hésitants à s'engager. Chacun a pourtant conscience de
l'urgence d'une interposition efficace qui, seule, peut permettre
d'éviter la reprise des combats. Cette paix est particulièrement
fragile. Des affrontements isolés ont lieu quotidiennement, les F16
survolent en permanence le Liban et le blocus naval et aérien, imposé
par Israël, n'est toujours pas levé. Le Hezbollah refuse de déposer les
armes et le moindre incident peut rallumer le feu qui couve sous les
décombres. George Bush reproche à la France la tiédeur de son
engagement et la lenteur d'acheminement de ses troupes sur le terrain.
C'est un bien mauvais procès qui est fait à la France !
Aucun
mandat précis n'a, pour le moment, été donné à la FINUL et les
conditions de son engagement ne sont toujours pas définies. Les
Etats-Unis ont largement contribué à entretenir cette ambiguïté dans le
but de favoriser l'allié israélien et ils n'entendent participer, en
aucune manière, à la force d'interposition. Les 230 soldats français
mis à la disposition de la FINUL ne constituent pas un effectif
suffisant mais ils viennent s'ajouter aux 1700 hommes de l'opération
navale "baliste", déjà présents sur place depuis près d'un mois. Deux
mille autres devraient suivre très bientôt. L'opération Baliste a
permis d'évacuer de la zone des combats un grand nombre de
ressortissants de tous les pays et notamment américains. Elle a
également permis d'acheminer des secours de première urgence et de
faciliter l'intervention des organisations humanitaires. Les 230
soldats français en route pour le Liban emmènent dans leurs bagages
2200 tonnes de matériel dont une quinzaine de ponts du type "Bailey".
Ces ponts sont destinés à rétablir les communications, par dessus le
fleuve Litani, avec la région sud, pour l'heure totalement isolée du
reste du pays.
Depuis
le début de cette grave crise internationale, la France, devant la
carence des organisations internationales, a pris, seule, l'initiative
des missions qu'elle entendait mener à bien. Ces missions sont
essentiellement tournées vers l'assistance aux populations civiles et
l'armée française semble y être parfaitement dans son rôle.
La
quatrième convention de Genève définit trois catégories qui se trouvent
dans l'impossibilité de combattre et qui doivent, impérativement, être
protégées au cours des conflits armés. Il s'agit des blessés, des
prisonniers et des populations civiles. Les 192 pays signataires de ces
conventions se sont engagés, non seulement à respecter, pour eux mêmes,
ces règles, mais aussi à en imposer le respect aux belligérants de tous
pays. Dans la sauvage bataille qui a opposée l'armée israélienne aux
combattants du Hezbollah, les populations civiles ont payé le prix
fort. Quelques protestations se sont fait entendre mais aucun pays ne
s'est formellement opposé aux contrevenants. L'ensemble de la
communauté internationale se trouve, de fait, en situation d'infraction
aux conventions de Genève.
La
France est un pays dont le passé militaire est impressionnant. De
nombreuses et sombres périodes de notre histoire ont vu le territoire
national se transformer en champ de bataille. Au son d'un hymne
guerrier, la France a porté la guerre sur tous les continents, qu'il
s'agisse de conquêtes coloniales, d'ambitions impériales ou
d'assistance à ses alliés. L'armée française s'est peu à peu forgée en
fonction de la diversité des missions et de la variété des théâtres
d'opération. Aujourd'hui encore, elle possède des unités adaptées à
toutes les conditions climatiques ou géographiques. Des spahis, qui
constituaient l'avant-garde de l'opération "tempête du désert", aux
chasseurs alpins qui servent encore aujourd'hui dans les montagnes
La
France est une puissance nucléaire crédible. Notre territoire national
n'est pas menacé et n'a plus aucune raison de l'être même dans un
avenir lointain. L'armée a été récemment professionnalisée et possède
un très bon niveau de technologie et d'armement. Dans le cadre de
l'élaboration d'un système de défense européen, son organisation et ses
missions devront nécessairement être redéfinies. Le "culte de la force"
ne fait plus guère d'adeptes sur ce vieux continent et nous pourrions
envisager, sans déchoir, de tourner définitivement le dos à la guerre.
Au cours des dernières semaines, nos diplomates se sont démenés pour
obtenir un cessez le feu et ont fini par l'imposer. La communauté
internationale a, unanimement, salué le rôle de la France dans cette
victoire du courage et de la raison.
Pourquoi ne pas, définitivement, "repeindre en bleu" cette armée qui n'a pas démérité ? Non pas le bleu horizon de la campagne de 1914-1918, mais le bleu de la paix, le bleu ONU, le bleu des grandes causes humanitaires. La France, pays des droits de l'homme, n'est elle pas l'inventeur du devoir d'ingérence ? Ne pourrait on pas inventer une armée de la paix ? La protection des plus faibles nécessite, à la fois, force, sagesse et détermination. Notre histoire ne permet elle pas de justifier cette ambition ? Une telle décision ne contribuerait elle pas à rendre le monde plus juste et à briser enfin la facilité insidieuse qui entraîne les pays civilisés vers la loi du plus fort ? L'image et le rayonnement de la France n'en sortiraient ils pas grandis ? Ne serait il pas temps, également, d'adoucir un peu les paroles de notre hymne national et d'en faire un chant de paix ?
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