04 octobre 2006
Populisme ou pragmatisme ?
Reçu de Jean-Pierre Repiquet (La ciotat) jean-pierre.repiquet@wanadoo.fr
Un ami m'a récemment suggéré, en commentaire à une note, d'être un peu plus indulgent sur la notion de populisme et de réfléchir à l'importance du pragmatisme.
En cette période de débat démocratique, préliminaire nécessaire à une grande échéance électorale, la préférence est souvent donnée à un lyrisme républicain duquel préoccupations et soucis quotidiens sont exclus. Tous n'y trouvent pas leur compte. Les abstentionnistes à tendance protestataire sont la cible privilégiée de certains candidats qui leur disent volontiers ce qu'ils ont envie d'entendre en échange de leur bulletin.
Quand la violence des slogans tente de compenser la faiblesse des idées le populisme n'est pas loin.
Depuis des décennies le populisme gagne du terrain et la campagne des présidentielles de 2007 en est une triste illustration. De Jean Marie Le Pen à Nicolas Sarkosy une grande partie de la droite sacrifie à ce rite dévastateur. Le Pen dit sa messe au pied du moulin de Valmy pendant que Sarkosy vocifère et invective les magistrats au chevet des policiers blessés aux Tarterêts. Le plus effrayant est de constater que cette "politique" est souvent payante ! Les excès de langage et les mises en scène médiatiques valent systématiquement à leurs auteurs les petits points qui font les grands sondages. Attention ! Le populisme n'est pas exclusivement de droite ! Les doctrinaires de tous bords y ont volontiers recours.
Un candidat aux élections présidentielles est toujours un grand professionnel et je ne crois pas un instant aux dérapages et maladresses verbales involontaires. "Le bruit et les odeurs, les détails de l'histoire, Le Durafour crématoire, la racaille et le Kärcher" ont tous rapporté, à leur auteur, leur pesant d'opinions favorables. Il s'agit du populisme de plus bas étage qui soit. La catégorie "supérieure" est constituée par l'exploitation délibérée et subjective de thèmes délicats et racoleurs. L'immigration et l'insécurité ont une valeur toute particulière sur le marché de la propagande et du populisme.
Ségolène Royal, Jean Marie Le Pen et Nicolas Sarkosy ne disent pas la même chose ! Ils abordent les mêmes sujets mais leurs propos respectifs traduisent toute la différence qui existe entre populisme et pragmatisme.
Alors, bien sûr, il ne faut pas laisser aux populistes l'exclusivité des thèmes les plus proches du quotidien des Français. Il faut prendre en compte, sans complexes, les sujets qui font problème. Le pragmatisme est une qualité essentielle en politique. Ségolène Royal a raison de parler de l'immigration, de la violence en milieu scolaire, de la délinquance des mineurs et d'autres sujets qui fâchent… Tous ces thèmes doivent être abordés sans fausse pudeur et traités avec esprit de justice, humanisme et respect du pacte républicain. Pour avoir négligé de le faire, la gauche s'est trouvée, un soir d'avril 2002, face à un choix cornélien.
La politique doit aider avec pragmatisme les citoyens à régler leurs problèmes concrets et quotidiens. Si le pragmatisme est nécessaire, je suis persuadé que les Français, malgré les difficultés quotidiennes, apprécient qu'on leur parle du rôle de la France dans le monde et de la grandeur de l'idéal républicain. La "standing ovation" faite à Dominique de Villepin après son discours à l'ONU reste dans les mémoires et dans les cœurs. Et la politique doit aussi être cela…

